Ce que j’ai aimé (ou pas) au Vietnam
Le Vietnam n’est pas un pays qui se laisse apprivoiser facilement. Ce n’est pas un pays qui se livre dans le confort ou la douceur immédiate, mais plutôt dans l’intensité, dans le mélange parfois contradictoire entre émerveillement et agacement. Voyager au Vietnam, c’est être happée par un mélange d’images de carte postale, de chaos étourdissant, de chaleur humaine discrète et d’ombres laissées par une histoire encore palpable. En y repensant, je me rends compte que ce que j’ai aimé et parfois moins aimé fait partie d’une même expérience, faite de contrastes, d’appréciations et d’étonnements.
La beauté des paysages
Ce qui m’a frappée d’abord, c’est la beauté brute du pays. Dans la baie d’Halong, embarquée sur une jonque, je me suis retrouvée entourée d’îlots calcaires qui surgissaient de l’eau comme des sculptures. Le brouillard s’accrochait aux falaises, donnant à la scène une allure d’estampe chinoise. C’était beau, mais aussi fragile. À Hoi An, les lanternes s’allumaient doucement au crépuscule et donnaient à la ville une atmosphère hors du temps. Les reflets dans la rivière, le bruit léger des conversations, les odeurs de plats de rue procurent une sensation bien particulière. A Ninh Binh, les paysages semblaient provenir tout droit d’un autre monde, à mi-chemin entre jungle tropicale et cité perdue au fil des rizières, des pagodes dissimulées de-ci et de là et des ruines d’anciennes villes autrefois florissantes. Mais ce ne sont pas seulement les paysages qui m’ont marquée : ce sont aussi ces gestes ou ces détails du quotidien qui se déroulait sous mes yeux. Des souvenirs qui m’ont marqué bien après être rentrée en France.

La chaleur humaine, discrète mais réelle
Il y a eu les rencontres avec les guides locaux, les habitants, les autres voyageurs même. La chaleur humaine qui n’est jamais exubérante mais toujours présente. Les sourires d’enfants curieux criant « Hello ! » à l’entrée de temples. Cette grand-mère dans un restaurant familial à Hué qui, voyant mon hésitation face à un plat, m’a montré comment l’enrouler dans une feuille de bananier. Ce guide local ayant concocté mon goûter d’anniversaire improvisé lors d’une excursion à Ninh Binh. La convivialité des vietnamiens se trouve dans les petites attentions et se révèle dans la générosité des petits gestes, dans cette façon d’inclure la voyageuse que je suis dans un moment simple de vie quotidienne.
Le chaos, la fatigue et parfois l’agacement
Il y a pourtant un autre Vietnam, plus brut, plus fatigant. Celui du chaos urbain que l’on ressent plus particulièrement à Hanoï. Traverser la rue demande une confiance aveugle : les scooters forment un flot continu, une mer de moteurs et de klaxons qui semble ne jamais s’arrêter. Le bruit est constant, les odeurs parfois étouffantes, entre échappements et fritures.
Ce chaos m’a parfois dérouté et dérangé. J’ai eu des moments de rejet, de désir de silence, de fuite vers des endroits plus calmes. Le marchandage permanent dans les marchés, la sensation d’être perçue uniquement comme une touriste porte-monnaie, m’ont aussi laissée une pointe d’amertume. Voyager au Vietnam, c’est accepter d’être bousculée, parfois même heurtée. Mais avec du recul, ce chaos constitue aussi l’âme du pays. Un désordre organisé où chacun trouve sa place, un flux dans lequel il faut plonger au lieu de lutter.
Les traces d’une histoire mouvementée
Ce qui m’a aussi marquée, au-delà des paysages et du bruit, c’est le poids de l’histoire. Le Vietnam porte encore sur ses murs et dans ses mémoires les cicatrices d’un passé douloureux. À Hué, dans la citadelle impériale en ruines, on sent l’écho d’un pouvoir perdu. À Hanoï, le musée de la prison Hoa Lo raconte le lieu d’incarcération et de torture de milliers prisionniers vietnamiens. Au sanctuaire de My Son, non loin de Hoi An, les vestiges d’un royaume ethnique affaiblis par les bombardements américains tentent de résister au temps qui passe.
J’ai été frappée par ces contradictions : un peuple tourné vers l’avenir, avide de modernité comme en témoigne son développement urbain, mais dont les souvenirs des guerres, coloniale ou américaine pour ne citer qu’elles, sont encore si proches de notre présent. Les monuments, les photographies en noir et blanc, les récits des guides me rappelaient que ce pays, si jeune et vibrant, s’est construit dans la lutte. Et cela se ressent encore dans la fierté nationale, dans la volonté de se relever et parfois dans la rancœur des anciennes générations de vietnamiens à la vue d’étrangers.

Un voyage intérieur
Le Vietnam m’a souvent déstabilisée voire déçue, mais il m’a aussi forcée à ralentir, à observer, à accepter de perdre mes repères. J’ai aimé ses paysages et sa beauté brute. J’ai aimé ses instants de partage, ses sourires discrets. J’ai aimé sentir battre ce pays encore marqué par son histoire, mais déjà tourné vers l’avenir. J’y ai appris que le chaos pouvait aussi être une forme de rythme, que la beauté naît parfois dans l’imperfection, et que la chaleur humaine ne se mesure pas à la quantité de mots échangés, mais à l’intensité des instants partagés.
Et puis parfois je n’ai pas aimé le Vietnam. Mais c’est précisément ce contraste qui a rendu l’expérience si forte : un pays qui ne laisse pas indifférent, qui se vit dans la confrontation entre fatigue et émerveillement. Le Vietnam n’est pas un voyage confortable mais un voyage qui dérange, déstabilise et laisse une empreinte durable. J’y ai trouvé une leçon de lenteur dans un monde en mouvement, une leçon de force dans un pays marqué par ses cicatrices, et une douceur dans les gestes les plus simples. Au fond, ce que j’ai aimé ou pas n’a pas d’importance. Ce qui reste, c’est l’intensité de l’expérience, comme un souvenir qui revient toujours, entre chaos et beauté.
